Portraits

Océane, café, Indonésie et développement

Océane, c’est une histoire de passion pour le café, 2ème denrée exportée au monde en termes de volume, dont l’exploitation est étroitement liée aux sociétés, cultures et leur histoire aux quatre coinx du monde. Elle aime la transformation de ce produit naturel qui peut donner des résultats surprenants à la tasse. C’est aussi une histoire avec l’Indonésie, et une vision du développement centrée sur les acteurs de terrain.

Océane étudie à l’école ISTOM de Cergy Pontoise. [1] Elle choisit l’agronomie  afin de contribuer à aider les pays – du Sud  – à structurer leurs filières agricoles pour un développement économique durable et respectueux des Hommes, des cultures et de l’environnement. En pratique, Océane s’aperçoit vite que les échanges et transfert de compétences se font dans les deux sens et que les projets implantés dans un pays ne peuvent être durables que si les  partenaires locaux en sont à l’initiative et les principaux acteurs . Bien souvent, les programmes « clés en main » conçus décorrélés du terrain en oublient l’essentiel : qui sont les hommes et les femmes qui vont utiliser ces produits ou services et dans quel but ?

Consciente de ces enjeux et désireuse d’en apprendre plus, elle n’hésite pas une seconde lorsque le CIRAD [2] lui propose en 2006 un stage de 6 mois à Bali afin de définir un cahier des charges pour mettre en place le label IG (Indication Géographique) [3] pour le café balinais, premier label d’origine mis en place en Indonésie! [4]

Dans un contexte de mondialisation, le label sert à démarquer un produit au niveau national et international. Il met en valeur un patrimoine culturel, fait valoir la singularité d’une terre et d’une culture et représente enfin un gage de qualité et de traçabilité des produits. En pratique, encore une fois, elle se rend compte qu’il existe d’autres enjeux sous-jacents peut-être moins louables.

Malgré ce contexte et cette vision de terrain d’un développement trop souvent pensé par certain comme un outil paternaliste, c’est en Indonésie qu’elle rencontre ses passions : le lien avec la forêt puisque le café arabica se cultive en système agro-forestier et le lien avec les hommes qui le travaillent. Elle y découvre aussi des liens différents avec les communautés locales, leur savoir-faire, et leurs valeurs.

A la coopérative Klasik Bean, Sunda, Indonesia, 2016

Plusieurs années plus tard, Océane repart en Indonésie et après plusieurs expériences revient à ses premières amours : le café. Elle se fait embaucher par un torréfacteur basé à Jakarta, dont l’approche est centrée sur les cafés de terroir indonésiens et le lien direct avec les producteurs. Dans le cadre de ses activités, elle parcourt le pays et rencontre Eko, à Medan, un professionnel indonésien qui travaillait à l’époque pour une entreprise qui croyait au café de terroir. Quelques années plus tard Eko, passionné du café, rentre à Java, dans la région de Sunda, pour créer la Coopérative Klasik Bean, en 2008. Il choisit le format de coopérative comme un gage à la fois d’un collectif humain sérieux et éthique et d’un produit de grande qualité. [5] Il fédère les petits producteurs des alentours qui vendaient sur les marchés traditionnels, autour d’un objectif commun : protéger l’environnement pour produire mieux et vendre mieux. En leur donnant accès à la formation sur l’agroforesterie et à la connaissance sur la culture et la production d’un café de qualité, la coopérative leur offre un projet commun et une filière directe ouverte sur le monde. Hommes et femmes participent alors ensemble à chaque étape de la récolte, de la transformation, au tri, jusqu’à la torréfaction et au test à la tasse. [6]

Le mot de la coopérative Klasik Bean est ʺLakukan hal-hal kecil degan tulusʺ et signifie faire des petites choses avec sincérité et passion.

Lakukan hal-hal kecil dengan tulus 🙂 Tatoo de Yon

Océane achète ce café de terroir pour le compte du torréfacteur pour lequel elle travaille à Jakarta et se prend d’intérêt pour ce collectif et leur éthique. Là où la plupart des acteurs du café travaillent en amont ou en aval de la filière, son objectif était de comprendre le processus de la plantation à la tasse, c’est ainsi qu’elle a entretenu les liens avec la coopérative depuis 2012 et que cette curiosité s’est transformée en aventure humaine.

La coopérative Klasik Bean compte actuellement entre 500 et 900 producteurs membres dispersés sur les îles de Java (région de Sunda), Sulawesi, Florès et Bali.

Lorsqu’elle rentre en France, elle se renseigne sur le milieu du café en France et en Europe, de salons professionnels en recherches, elle rassemble ainsi les informations. Elle rencontre de nombreux torréfacteurs et c’est alors que naturellement, elle trouve un partenaire pour la coopérative. Elle lui propose fin 2015, ¼ de conteneur pour lui faire tester la qualité du café de terroir car le café indonésien, en général, a mauvaise réputation. [7] Et c’est un succès ; le partenaire est convaincu ! L’année suivante, elle invite l’importateur français [8] qui distribue aux torréfacteurs français et européens, à passer 15 jours dans la coopérative pour comprendre le processus de fabrication et expérimenter l’esprit de Klasik Beans en vivant au quotidien avec les acteurs de terrain. Cette initiative tout à fait personnelle donne un nouvel élan à la coopérative qui voit désormais des débouchés en Europe.

Océane se rend en Indonésie au moins une fois par an. Forte de ses expériences, sa démarche avec la coopérative est d’être force de proposition au même titre que les autres membres ; elle suggère actions, formations et processus qui ne sont pas toujours acceptés. L’équipe de la coopérative prend ses décisions à son rythme, en fonction de sa culture et de ses objectifs. Ce ne sont pas toujours les décisions qui, de l’extérieur semblent les plus rationnelles ou porteuses, mais la coopérative choisit en fonction de ce qui est bon et possible de faire pour ses membres.

Elle contribue  à la promotion des cafés de terroir d’Indonésie si mal connus, au travers d’un article publié le magazine anglais Tea and Coffee Trade Journal [9] dans lequel elle décrit les caractéristiques des cafés de spécialité tels que ceux proposés par Klasik Beans (speciality coffee en anglais, NDLR) : typicité en rapport à l’origine et la qualité artisanale de la production.

Par passion pour le café, pour l’Indonésie, pour les relations nouées avec les membres de la coopérative, et pour l’aventure humaine d’être partie prenante d’une initiative à laquelle elle adhère de bout en bout, Océane continue ses actions dans ce collectif où chacun apporte son expertise et ses idées. «  On est une équipe ! », dit-elle fièrement !


Ses projets avec Klasik Beans ? Soutenir sa croissance organique, promouvoir ses valeurs et faire connaître aux torréfacteurs français les terroirs d’Indonésie et les cafés qu’ils révèlent. Auprès des consommateurs, sa mission est la sensibilisation à un autre mode de fonctionnement : faire comprendre que sa culture n’est pas massifiée comme dans la plupart des pays producteurs, et que c’est avant tout un produit agricole saisonnier qui dépend des aléas du climat. [10] Ces facteurs ont pour conséquence la qualité d’un produit rare qu’il faut accepter tel quel. Par exemple, cette année, en raison des pluies, la récolte a été moins abondante que l’année précédente : toutes les demandes n’ont pu être satisfaites. C’est aussi cela un produit de terroir. Comprendre en tant que consommateur et torréfacteur que toutes les demandes ne peuvent être satisfaites immédiatement.

Concernant les labellisations IG ou encore Bio, Klasik Bean remplit les cahiers des charges mais n’a pas souhaité obtenir ces labels qui peuvent devenir un outil politique et marchandé dans certains cas. Océane soutient cette décision, bien consciente des failles du système.

En parallèle à ces projets avec la coopérative, Océane travaille actuellement pour l’université de Montpellier en valorisation de la recherche en agro sciences, environnement et biodiversité.

Si persévérance et détermination sont des qualités intrinsèques pour mener à bien un projet, quel qu’il soit, l’ouverture d’esprit et la curiosité en sont les ingrédients essentiels pour le pérenniser. Tout au long de ces 11 dernières années, Océane a su s’adapter, se remettre en question, apprendre tout en avançant petit à petit. Dans un monde qui prône l’instantané, ce sont ces valeurs qui ont forcé mon admiration, raisons pour lesquelles j’ai eu envie d’écrire à son sujet. Bravo à toi Océane pour ton dynamisme, tes actions et ta constance 🌸 Merci pour tes explications!

Toujours intéressée par de nouveaux défis, vous pouvez retrouver le profil linkedin d’Océane Trevennec ici et la contacter par mail à : oceane.trevennec[a]gmail.com

Pour en savoir plus sur la coopérative Klasik Bean : Twitter et Facebook

Article écrit par Magali Defleur, auteur et éditrice, Novembre 2017

 

[1] A partir de la rentrée de 2018, ISTOM sera basée à Angers

[2] Le Cirad est un centre de recherche français qui répond, avec les pays du Sud, aux enjeux internationaux de l’agriculture et du développement.

[3] IG, Indication Géographique, est un label international reconnu par l’OMC qui protège et met en valeur des ressources, donne une visibilité et est garant de la traçabilité des produits.

[4] Le café de Bali obtint le label IG 1 an après !

[5] Là où un produit équitable garantit un prix minimum pour les producteurs, rien n’oblige à produit un bien de qualité.

[6] Un produit équitable garantit un prix minimum pour les producteurs, mais pas une qualité. Un produit de terroir en coopérative est un gage à la fois d’un collectif humain sérieux et éthique et d’un produit de grande qualité.

[7] Le café indonésien est associé au robusta, type de café de la famille Coffea qui concerne environ 70% des cafés que l’on trouve.

[8] Belco, voir site : http://www.cafe-vert.fr/

[10]  un grain de café avec champignon ou brisé compromet le gout du café à la tasse, le processus doit donc être parfait

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