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Le grand secret de Barjavel ou l’Homme et l’immortalité

Le grand secret de René Barjavel

Les grands livres ont plusieurs lectures, les livres profonds ont une histoire légère.

Le grand secret c’est une histoire d’amour à travers le temps dans un paradis perdu, qui questionne les mythes de l’amour et du paradis perdu.

En trame de fond, le grand secret pose la question du sens de la vie et du rôle de la mort dans celle-ci.

Si la mort disparaissait, comment penserions-nous et vivrions-nous la vie sur Terre? C’est ce que nous propose René Barjavel dans son roman uchronique publié en 1973. Que représente la mort dans le cycle de la vie ? Sans la mort, la vie a-t-elle un sens ?

  • Le résumé

Dans une réalité parallèle, entre 1950 et 1970, un savant découvre par hasard un virus d’immortalité qui se trouve être contagieux. Tous les gouvernements du monde se mobilisent pour sécuriser ce périmètre et éviter une propagation. Les personnes infectées sont envoyées dans une île du Pacifique qui aurait dû être détruite par un essai nucléaire. Le secret absolu est décrété et seulement une poignée d’hommes et de femmes aux plus hautes fonctions des états sont informés.

Sur l’île, une nouvelle vie se met en place. Les besoins des habitants sont pris en charge par les grandes puissances. La vie individuelle est laissée au bon vouloir de chacun : chacun peut apprendre et faire tout ce qu’il veut. Il n’y a plus aucun problème de santé puisque l’un des effets du virus est d’arrêter la croissance de l’individu au moment où il se trouve à son niveau optimal, soit entre 18 et 20 ans selon les individus. La vieillesse et la maladie n’existent plus.

Dans ce contexte de paradis perdu, personne n’est pressés par rien, ni obligé de rien. La plupart choisissent de participer pour contribuer à l’avancement de tous et réfléchissent à des technologies pour améliorer la vie des hommes sur Terre.

  • Le temps et l’espace

Avec Le grand secret, c’est la relation du temps à l’espace qui est abordée. L’espace est conditionné par le temps. Si le temps disparait, l’espace s’élargit automatiquement. Vivre sans mourir transporterait l’homme dans une dimension où la relation à l’espace et au temps serait très différente. Le découpage du temps sur Terre est une commodité pour la vie de l’être humain à une échelle de quelques dizaines d’années. Nous nous agitons dans tous les sens car nous savons que le temps nous est compté. Sans barrière temporelle, l’Homme abat sa carapace mortelle et accède à un état différent.

Dans l’histoire, certains personnages ont été mortels avant d’ingérer le virus de l’immortalité. Leurs enfants, issus de leur sang sont nés immortels. Deux paradigmes de pensée et de vie en résultent.

Les adultes ont connu l’état de mortel. Ils pensent en tant que tel. Pour eux, l’immortalité est inespérée. Ils l’ont reçue comme un cadeau qu’ils n’ont pas choisi. A l’échelle de la terre telle qu’elle est pensée actuellement, l’immortalité qui se propagerait comme un virus serait la ruine de l’humanité.

Mais les jeunes qui sont nés immortels n’ont pas ces inquiétudes. Ils ont grandi avec la certitude d’un éternel été, la confiance en l’avenir. Ils n’ont eu à s’inquiéter de rien, leur vision est sereine, leur horizon est plus grand.

  • Les anciens et les modernes

A travers cette situation, c’est le débat des anciens contre les modernes qui est posé ici. Doit-on imiter ce qui a toujours existé, doit-on penser différemment, doit-on tirer profit de ce qui a été appris pour construire un autre monde ? Chacun des protagonistes a son idée sur la question en fonction de sa propre histoire : maintenir le statuquo, faire tout exploser.

Dans la pratique, ces points de vue ne peuvent cohabiter, l’un doit toujours prendre le pas.

Ans l’histoire, la voie du milieu, la voix de la sagesse est symbolisée par le personnage de Bahanba, le savant indien qui a découvert le virus. Il choisit la non-intervention dans les choix des habitants de l’île. D’un point de vue personnel, il décide de sentir son essence en jeûnant de plus en plus longtemps jusqu’à finir par en mourir. Le corps peut être immortel, mais ce qui l’anime, c’est la volonté de vivre. Le moteur est donc au-delà du corps et Bahanba ne souhaite plus poursuivre sa vie incarnée.

  • La science-fiction

D’un point de vue littéraire, la science-fiction permet beaucoup de réflexions métaphysiques car le genre a la liberté d’anticiper, de prévoir, d’élaborer des hypothèses.

Dans un contexte de guerre froide, René Barjavel imagine une situation extraordinaire qui transcenderait le climat politique mondial, afin de réunir toutes les nationalités derrière un idéal plus grand qui concernerait toute l’humanité. C’est bien l’un des rêves de Barjavel, que l’on retrouve notamment dans La nuit des temps, toutes les nations unifiées autour d’une cause commune qui élève l’humanité.

René Barjavel
Crédit photo © Louis Monier pour l’agence Gamma

J’espère vous avoir donné l’envie de lire cette très belle histoire J

 

Article écrit par Magali Defleur, auteur et éditrice, 2017

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